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[Création 2008]
Pièce pour 5 danseurs et deux mains
Habiller notre Coppélia de Cuir. Regarder Coppélia avec des yeux de grand enfant
où cette poupée serait « maîtresse » du jeu, « maîtresse » du cœur de ses soupirants.
En m’inspirant du traité sur le théâtre de marionnettes de Henrich Von Kleist,
j’aimerais vous faire croire qu’un pantin mécanique pourrait contenir plus de
charme que la charpente du corps humain.
Pour l’amour de Frantz, Swanilda prend la place de Coppélia la poupée. Il en
va ainsi dans le livret*…. Et si Coppélia n’avait pas été remplacée? Utiliser
ce livret si amusant, profiter que l’œuvre est inachevée pour réécrire celle-ci,
me servir aussi de cette musique composée par Léo Delibes, la valse mais aussi
et surtout cette mazurka si enivrante.
Redessiner Coppélia… utiliser une gomme et quelques crayons de couleurs, enlever
ou bien rajouter ça et là quelques fantaisies… beaucoup de rouge mais aussi
du noir, aussi noir que ces "brillantes, brillantes bottes de cuir"
portées par Séverine dans la « Venus in fur » d’Andy Warhol. Tout aussi joli,
le costume sera noirci. La pointe du chausson sera remplacée par l’aiguille
du talon, le nœud dans les cheveux, symbole de l'amour, par le fouet.
Utiliser certains ingrédients qui ont constitué ce ballet romantique par excellence.
Utiliser la pantomime au service du sens d’une situation que trop de narration
censurerait. Tout cela peut-être pour mieux encore rendre lisible le sujet et
en révéler le sens.
Mettre en valeur cet immense amour pour Coppélia au point de remplacer ses prétendants
par de jeunes hommes esclaves de leurs propres sentiments. Coppélia fascine,
ce n’est qu’une poupée, rien de vivant et pourtant…
Notre Coppélia s’est créée avec la complicité des danseurs et tout particulièrement
Alexandra Besnier et Min-Jeong Kim qui habitent « une Coppélia réinventée ».
Elles sont mes complices. En exerçant sur scène ce fascinant et envoûtant pouvoir
de séduction, elles me font me rappeler sans cesse que Coppélius, certes invisible
dans notre version, est toujours là.
Coppélius ne serait-il peut-être pas d’ailleurs l’évocation de toutes ces sombres
raisons à l’origine de nos quêtes d’amour et de beauté qui pèsent inconsciemment
sur nos goûts, nos choix. Pour moi, Frantz n’est pas amoureux de Coppélia mais
de tout ce à quoi il aspire, d'un idéal féminin qui n'existe évidemment pas.
Peut-être lui ressemblons nous tous? Comme le dit Paul Valéry, "il n’existe
pas d’être capable d’aimer un autre être tel qu’il est. On demande toujours
des modifications. Car on n’aime jamais qu’un fantôme, ce qui est réel ne peut
être désiré".
Enfin, je choisis la scène comme étant l’évocation de la chambre de Coppélia.
Le public sera donc au bas de la Maison de Coppélius et apercevra Coppélia un
peu comme Frantz l’aperçut sur son balcon en 1870.
Quelles chances inouïes d'avoir rencontré Mesdames Wilfride Piollet et Monique
Loudières, danseuses étoiles de l'Opéra de Paris, lors de tête à tête qui ont
su me conforter dans mes choix et m’éclairer en m'apprenant qu'évidemment Coppélia
était, elle aussi, un amour inaccessible et impossible et donc une Dame Blanche.
Hervé Koubi - Extraits du carnet de notes de la création
* Coppélia, ou la Fille aux yeux d'émail est un ballet en deux actes et trois
tableaux d'Arthur Saint-Léon, sur un livret de Charles Nuitter, musique de Léo
Delibes, d'après le conte d'Hoffmann L'Homme au sable, représenté pour
la première fois à l'Opéra de Paris le 25 mai 1870.